English | Italiano

Il contenuto di questa pagina richiede una nuova versione di Adobe Flash Player.

Scarica Adobe Flash Player

Rendering (note de l'auteur)

Schubert - Berio
Rendering
pour orchestre (1989-1990)

Allegro
Andante
Allegro

Au cours de ces dernières années, j’ai souvent été sollicité pour faire «quelque chose» avec Schubert, et je n’ai jamais eu de mal pour résister à cette invitation aussi gentille qu’encombrante. Jusqu’au moment, pourtant, où j’ai reçu une copie des esquisses que Franz, âgé de trente et un ans, avait accumulées pendant les dernières semaines de sa vie en vue d’une Dixième Symphonie en ré majeur (D. 936 A). Ces esquisses sont assez complexes et d’une grande beauté: elles représentent un signal prémonitoire des nouvelles voies, post-beethovéniennes, que Schubert avait déjà commence à explorer. Séduit par ces esquisses, j’ai donc décidé de les restaurer, de les restaurer et non de les reconstruire.
Je n’ai jamais été attiré par ces opérations de bureaucratie philologique qui conduisent parfois un musicologue imprudent à se prendre pour Schubert (si ce n’est pour Beethoven) et à «compléter la Symphonie comme Schubert l’aurait fait lui-même». Curieuse forme de mimétisme, semblable à ces anciennes restaurations de peinture, parfois responsables de dommages irréparables, comme en témoignent par exemple les fresques de Raphaël a la Farnesina de Rome. Tout en travaillant sur les esquisses de Schubert, je me suis proposé d’appliquer les critères modernes de restauration qui s’efforcent de «rallumer» les couleurs d’époque sans pour autant cacher les atteintes du temps et les vides inévitables dont souffre l’œuvre, comme c’est le cas de Giotto à Assise.
Les esquisses laissées par Schubert, le plus souvent sur une seule portée, suggèrent de rares indications instrumentales et relèvent quasiment de la sténographie; j’ai les ai complétées, surtout dans les parties intermédiaires et dans les basses. Leur orchestration n’a pas posé beaucoup de problèmes. J’ai utilisé la même instrumentation de l’Inachevée (deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, deux cors, trois trombones, timbales et cordes) et dans le premier mouvement (Allegro), j’ai souvent essayé de sauvegarder une évidente couleur schubertienne. Mais pas constamment. Il y a de brefs épisodes du développement musical qui semblent tendre la main à Mendelssohn et l’orchestration naturellement suit. Enfin, le climat expressif du second mouvement (Andante) est stupéfiant: il semble habité par l’esprit de Mahler.
Dans les vides entre une esquisse et l’autre, j’ai composé un tissu connectif toujours différent et changeant, toujours pianissimo et «lointain», entremêlé de réminiscences du dernier Schubert (la Sonate en si bémol pour piano, le Trio en si bémol avec piano, etc.) et traversé par des développements polyphoniques conduits sur des fragments des mêmes esquisses. Ce délicat ciment musical qui commente la discontinuité et les lacunes entre une esquisse et l’autre est toujours signalé par un célesta.
Pendant les derniers jours de sa vie, Schubert prenait des leçons de contrepoint. Le papier à musique coûtait cher, et c’est peut-être pour cette raison que, mélangé aux esquisses de la Dixième Symphonie, on trouve un bref exercice élémentaire de contrepoint (un canon par mouvement contraire). Je n’ai pas pu m’empêcher de l’orchestrer et de l’assimiler au parcours stupéfiant de l’Andante.
L’Allegro final est également étonnant et certainement le mouvement orchestral le plus polyphonique qu’ait jamais écrit Schubert. Ces dernières esquisses, bien que très fragmentaires, sont d’une grande homogénéité, et nous montrent Schubert engagé dans la recherche de différentes possibilités contrapuntiques offertes par un seul et même matériau thématique. Cependant, ces esquisses présentent alternativement le caractère d’un Scherzo et celui d’un Finale. Cette ambiguïté, que le jeune Schubert aurait peut-être résolue ou en quelque sorte «exaspérée», m’attirait particulièrement: en fait, mes «ciments» visent, parmi d’autres choses, à la rendre structurellement expressive.
J’ai composé cet hommage à Schubert entre 1989 et 1990 pour l’Orchestre du Royal Concertgebouw d’Amsterdam.

Luciano Berio